Pas de liberté d’éxpréssion pour les ahmadis aux pakistans

Posted on 26/08/2013

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Nous ne pouvons pas laisser de côté l’actualité en rapport avec le Pakistan et les droits fondamentaux, révélée par le Tribune PK. Quatre personnes membres de la confession musulmane ahmadis – Communauté Musulmane Ahmadiyya – ont fait l’objet d’accusation au titre de la loi sur le blasphème pour détenir de la littérature blasphématoire.

Rappel des cadres constitutionnel et législatif relatifs à la minorité musulmane ahmadiyya

Les minorités, au Pakistan, subissent de nombreuses discriminations. Bien que les faits les constatant soient nombreux, il est à noter que ces discriminations ont été légalisées voire constitutionnalisées dans certains cas.

Aussi, les Chrétiens, les Hindous, les Sikhs et les Ahmadis entrent-ils dans la catégorie des non musulmans au sein de la Constitution de sorte que ces minorités ne peuvent pas commettre tout acte qui irait à l’encontre des préceptes musulmans, tels qu’admis par le Pakistan. Or les ahmadis revendiquent ne rien apporter de nouveau à l’Islam ; ils sont simplement issus d’un mouvement réformiste apportant une doctrine pacifiée de l’Islam.

Ce mouvement perçu comme hérétique par les musulmans du Pakistan fait l’objet du plus grand nombre d’accusation au titre du blasphème et est constamment la cible des fondamentalistes religieux du pays. Outre la Constitution pakistanaise, l’ordonnance XX – insérée dans le Code pénal – interdit aux musulmans ahmadis tout acte qui les assimilerait, par identité, aux musulmans (ils ne peuvent pas prier, pas construire de lieux de culte, pas faire d’appel à la prière, pas prononcer le salut islamique, pas faire le pèlerinage à la Mecque).

La liberté d’expression n’existe pas pour les musulmans ahmadis

Parfois, certains titres se suffisent à eux-mêmes. Les musulmans ahmadis ne peuvent pas éditer ou distribuer des livres puisque leur doctrine, selon les fondamentalistes religieux, « s’oppose, par essence à l’Islam ».

L’ordonnance XX a introduit plusieurs articles dans le Code pénal pakistanais dont les 295 B (profanation du Saint Coran) et 298 C (interdiction de tout acte qui se rapporterait à l’identité musulmane). 

C’est sur le fondement de ces articles que plusieurs personnes ont été arrêtées et ont dû subir un procès parce qu’elles étaient dans un camion comportant de la littérature contraire aux dispositions du Code pénal pakistanais – selon le demandeur, Muhammad Tayyab.

Moeed Ayaz, Asmatullah, Razaullah et Ghulamullah travaillent comme imprimeurs à la Black Arrow Printing Press, une entreprise de presse. Ils ont été arrêtés le 7 Janvier 2013. Le propriétaire de l’entreprise est toujours en liberté. La Haute Cour de Justice de Lahore avait déjà accordé la liberté sous caution à ces personnes dans une précédente audition (relayée par le Fait Religieux sur une information de la Commission Asiatique des Droits de l’Homme).

La controverse autour du fondement de l’action

Le demandeur, Muhammad Tayyab, soutient que les accusés ont violé les dispositions du Code pénal – circulation et distribution de littérature blasphématoire. Sur ce dernier fondement, les juges ont enregistré de nouvelles charges contre les accusés. Or, selon ces derniers, la police a mené des investigations sans dépôt de plainte préalable – ce qui est une obligation en droit pénal pakistanais. Leur enquête était donc dénuée de fondement et illégale. Aussi, s’ils avaient raison, ils ne pouvaient qu’être jugés sur le fondement de la loi de 2011 laquelle prévoit, comme peine maximum, trois ans d’emprisonnement pour violation des règles de la presse (édition et distribution).

Drôle de conception de la liberté d’expression

Imaginons un instant que nous soyons jugé et que nous puissions encourir jusqu’à trois ans d’emprisonnement pour l’édition et la distribution d’un livre qui ne contient rien d’offensant et rien de contraire à la décence. Il n’y a aucune insulte, bien au contraire ; les ouvrages distribués par les musulmans ahmadis ont toujours été réputés pour leur message clairvoyant, lucide et pacifique.

Face à une telle violation des libertés et un tel ostracisme social, les ahmadis ne répondent par rien d’autre que leur slogan, mis en avant lors de tous leurs événements, Amour pour Tous, Haine pour Personne.

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