L’Indonésie et ses minorités religieuses

Posted on 20/08/2013

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L’Indonésie et sa structure étatique

La Constitution indonésienne garantit, de manière explicite, la liberté de religion. En application de l’article 28 (e) – renforcé par la loi relative aux Droits de l’Homme – toute personne jouit de la liberté de religion en fonction du culte de son choix. De plus, l’Indonésie est signataire de bons nombres de traités internationaux. En 2006, elle a ratifié le Pacte international sur les Droits civils et politiques dont l’article 18 prévoit la liberté de conscience à tous.

L’Indonésie a également signé d’autres conventions telles que la Convention internationale pour l’Élimination de toutes formes de Discriminations raciales ou encore la Convention internationale contre la Torture. Toutes ces stipulations conventionnelles ne sont pas respectées par l’Indonésie, notamment en ce qui concerne les minorités.

La loi 23/2006 impose désormais aux citoyens indonésiens la mention de la religion sur le passeport. En outre, plusieurs lois relatives au blasphème ont été adoptées. Le Code pénal indonésien contient un article 156 (a) qui incrimine tout comportement blasphématoire. Toutes ces dispositions contreviennent aux traités internationaux et aux Droits de l’Homme.

Les chrétiens d’Indonésie

Les chrétiens représentent, en Indonésie, le deuxième groupe religieux le plus important avec près de 22 millions de personnes (9,3 % de la population). Les chrétiens d’Indonésie sont divisés, majoritairement, en deux groupes ; les catholiques et les protestants. Deux tiers des chrétiens d’Indonésie sont protestants.

Les persécutions et les entraves que subissent les chrétiens sur le territoire indonésien sont importantes et ne peuvent être occultées. Sur l’île de Sumatra, plusieurs assaillants non identifiés ont brûlé quatre Églises prédominantes à Batak en avril et août 2011. Le Gouvernement n’a pris aucune action immédiate à l’encontre des assaillants. Le 11 avril suivant, la police a arrêté une vingtaine de jeunes garçons sans qu’aucun d’entre eux n’ait eu une peine quelconque.
Quelques mois après, une église protestante a également fait l’objet de détérioration par une foule d’assaillants dans la ville de Batak Karo. Les prêtres chrétiens font également constamment l’objet de menaces sans que la Police ne donne suite à celles-ci.

Les musulmans Shi’ites d’Indonésie

En 1984, le Conseil des Ulémas indonésiens a appelé à accorder une vigilance « toute particulière au Shiites et à leurs enseignements. Les musulmans Shi’ites ont effectivement une vision opposée à celle des Sunnites. Ils estiment que le 4e Calife de l’Islam, Ali, est le premier Imam et considèrent en conséquence les descendants de Ali comme les successeurs de Muhammad.

Dans le village Nangkernang, plus précisément dans le district Omben, la communauté Shi’ite a été qualifiée d’hérétiques par une déclaration publique datant de 2006, signé par plusieurs membres du corps policier ainsi que 40 hauts responsables sunnites. Au cours de l’année 2011, plusieurs campagnes d’intimidation ont été mises en place à l’encontre de cette communauté. Certains musulmans sunites n’hésitent plus à entraver l’organisation d’évènements comme la Ashura, fête traditionnelle Shi’ite.
Le 29 décembre 2011, des militants sunnites s’en sont pris à certaines habitations shi’ites et à des lieux des cultes obligeant ainsi plus de 500 personnes de la communauté Shi’ites à fuir la ville.

Les musulmans ahmadis d’Indonésie

Cette minorité religieuse nommée « Ahmadiyya » ou, péjorativement, « Qadianis » a été fondée en 1889 en Inde par Mirza Ghulam Ahmad. Se proclamant être le Messie attendu par différentes religions (Islam, Hindouisme, Christianisme, etc.), sous différents titres, il s’est fait le porteur d’une réforme prônant un Islam de paix et un Djihâd par la plume interdisant ainsi toute guerre au nom des religions et abandonnant la conception même du Djihâd par l’épée, l’estimant révolu et inadapté à nos jours.

Pourtant, cette ligne très pacifiste – représentant, selon les ahmadis, l’essence même de l’Islam – ne plaît pas à certains mollah – fondamentalistes religieux – qui n’hésitent plus à mener des campagnes publiques appelant à la haine. Un temps limitées au Pakistan, les persécutions de cette minorité ont un effet épidémique impressionnant de sorte que les autres musulmans tentent de suivre la voie ouverte par le Pakistan.

En Indonésie, une législation spécifique, en 2008, a été adoptée à l’encontre des ahmadis, connue sous le nom de « Anti Ahmadiyyah Decree ». Il s’agit de la seule communauté à l’encontre de laquelle l’appareil législatif a décidé d’adopter un décret.

Au cours de l’année 2011, la minorité ahmadi – membres de l’Islam Ahmadiyya – avait fait l’objet de violences atroces par une foule de fanatiques qui avait torturé à mort plusieurs personnes devant la police locale sans que celle-ci ne réagisse. Deux ans après, les ahmadis attendent toujours que la justice remplisse son devoir. Les lenteurs procédurales et les fins de non-recevoir administratives se multiplient pour simplement renforcer en droit une stigmatisation que l’on rencontre en fait.

La corruption du système judiciaire est également toute aussi importante. Comme le souligne l’information révélée par le rapport 2013 de Human Rights Watch, dans une affaire où les ahmadis ont vu certaines habitations, un lieu de culte et des écoles brûlées, le procureur de la ville de Cisalada a subi les menaces d’un membre du Conseil des Ulémas lui affirmant que s’il ne laissait pas les personnes mises en examen libre, il y aurait « des problèmes plus tard ».

Au cours de l’année 2013, plusieurs mosquées ont été scellées de sorte que la communauté ahmadiyya n’a plus la possibilité d’exercer les droits fondamentaux liés à la foi.

Cette situation ne va pas s’en instaurer un climat délétère au sein des minorités sans que le Gouvernement ne fasse le nécessaire pour assurer un climat de paix.

Asif Arif

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