Pourquoi les minorités religieuses peuvent améliorer le système éducatif au Pakistan ?

Posted on 14/08/2013

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LE CERCLE. Les minorités religieuses au Pakistan font face à des discriminations aussi diverses que variées tant dans leur forme que dans leur intensité. Le Pakistan aurait toutefois tout à y gagner s’il laissait les minorités religieuses s’intégrer, à l’image de tout citoyen, dans le paysage éducatif ; en témoignent très largement les talents qui y sont issus.

Aux origines du système éducatif pakistanais

Dès les premières années de la création du Pakistan, plus précisément en 1951, est réunie la National Education Conference ; en 1959, est créée la National Commission of Education dont le rôle est de proposer des recommandations afin d’améliorer le système éducatif ou de le rendre conforme aux exigences de la politique nationale. Plusieurs lois amenderont le système éducatif pakistanais pour y introduire de grands principes. Les amendements seront fluctuants, selon le charisme du président ou la popularité du militaire ayant réalisé le putsch !

Lorsqu’Ayub Khan prit le pouvoir, il décida de lancer une nationalisation massive des écoles religieuses du pays, mais également de moderniser le système éducatif, lequel mélangeait âprement religion et État. En 1962, 247 écoles ont été nationalisées ; or, les ulémas religieux, puissants au niveau local, réussirent à ralentir cette mouvance en se fédérant et en affichant une position unique. Les écoles primaires non religieuses – donc étatiques – se voient imposer l’enseignement de la religion.

Avec l’arrivée du dictateur Zia Ul-Haq, lequel lança une politique d’islamisation radicale du pays, le système éducatif va totalement se métamorphoser. Dans tout ce système complexe qui est fonction de l’État des institutions pakistanaises, les minorités religieuses ont été très largement discriminées. Ces discriminations se sont intensifiées à mesure de la croissance inquiétante du fondamentalisme religieux dans le pays. Très paradoxalement, on peut constater que les talents pakistanais sont souvent issus des minorités religieuses composant le paysage religieux pakistanais.

Les talents pakistanais issus des minorités religieuses

Plusieurs talents pakistanais, mondialement reconnus, sont issus des minorités religieuses. Outre la problématique particulière de Malala Yousafzai, fervente défenderesse de l’éducation pour tous (qui n’est pas issue d’une minorité religieuse, mais a dû supporter les atrocités des fondamentalistes religieux), plusieurs personnalités peuvent être citées.

La première, le Docteur Abdus Salam, Nobel de physique ; il doit son Prix Nobel au travail extraordinaire qu’il a réalisé sur le Boson de Higgs et la communauté des physiciens n’est pas sans l’ignorer. Issu de la minorité musulmane ahmadiyya, le Docteur Abdus Salam avait créé un centre en Italie, Galilée, prônant l’éducation et la recherche dans les pays défavorisés.

Le Pakistan ne reconnaissant pas cette minorité religieuse comme musulmane et s’adonnant aux pires persécutions à leurs égards, l’Italie a été la terre d’accueil de ce centre. Aujourd’hui décédé et enterré au Pakistan, son sépulcre fait également l’objet de désacralisations constantes par les détracteurs de cette minorité ; en effet, sur la tombe, l’épigraphe « Premier Prix Nobel Musulman de Physique » était inscrite et certaines personnes ont rayé « musulman ». Si le Pakistan eût été plus tolérant, le centre Galilée, pensé jadis par Docteur Abdus Salam, aurait eu son siège au Pakistan et aurait contribué à largement faire rayonner le système éducatif pakistanais.

Une autre personnalité, également issue de la minorité musulmane ahmadiyya, fait également l’objet de dédain et de déconsidération : Muhammad Zaffrullah Khan. Premier ministre des Affaires étrangères pakistanais, président de l’Assemblée Générale des Nations-Unies, juge à la Cour Internationale de Justice de La Haye, cet éminent juriste, avocat et magistrat fait partie des personnalités oubliées des livres d’histoire pakistanaise. Pourtant, il a contribué à la création d’un État qui, selon son Fondateur Muhammad Ali Jinnah, se voulait laïque et multiconfessionnel.

Toutes ces éminentes personnalités auraient largement contribué à améliorer le système éducatif pakistanais. En réponse, le Pakistan devient le pays qui est un des plus discriminatoires à l’égard des minorités chrétienne, hindou, sikh et ahmadi. Les étudiants appartenant à ces minorités religieuses sont contraints de masquer leur appartenance religieuse pour pouvoir étudier dans des conditions décentes.

Le rayonnement économique du Pakistan est également assuré par les minorités religieuses. Une des marques de jus de mangue les plus renommées à l’international, « Shezan Juice », est également détenue par un musulman ahmadi. Preuve est que les minorités religieuses pourraient, dans les pays où les droits de l’Homme sont respectés et la liberté de religion accordée, largement contribuer à l’excellence tant dans la sphère économique que dans la sphère éducative.

Asif Arif

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