Inauguration de la plus grande mosquée du Canada

Posted on 14/08/2013

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C’est un immense édifice que le Premier ministre canadien, Stephen Harper, inaugurait ce 5 juillet dernier, bâtiment portant le nom de Baitun Nur (maison de lumière en ourdou) et qui sera désormais la plus grande mosquée du Canada, construite à l’initiative de la communauté musulmane ahmadie. Située à Calgary, dans l’Ouest canadien, elle sera un témoignage, selon le Premier ministre, du « visage bienveillant de l’islam ». Dans son discours le Premier ministre ajoute ses remerciements à cette communauté « pour sa contribution à la paix, à la tolérance et à l’harmonie au Canada et partout au monde. » Sur la façade de la mosquée sont écrits en arabeles 99 noms de Dieu.

Le bâtiment est imposant, sur près de 4 500 mètres carrés, il comprendra outre la salle de prière, une bibliothèque, un centre communautaire, un gymnase mais aussi un logement pour l’iman et des salles de classe et sera aussi muni d’équipements audiovisuels ultra-modernes. L’édifice pourra accueillir 1 500 personnes dans la salle de prière et 3 000 en comptant les salles complémentaires. Pour le construire, il a fallu près de 15 millions de dollars canadiens, entièrement réunis par la communauté elle-même, du territoire et de l’étranger compris. Des fidèles ont vendu leur propre habitat pour hâter la construction qui a duré deux ans. « Ce n’est pas la petite mosquée dans la prairie, c’est la grande mosquée. Ce n’est pas une fiction c’est la réalité« , a ironisé Naseer Ahmad qui est à l’origine du projet, auquel il travaille depuis quatorze ans, en songeant à une fiction bien connue dans le pays, La Petite Mosquée dans la prairie.
La particularité de ce mouvement religieux est de croire que Mahomet n’est pas le dernier prophète, ce qui lui vaut de n’être pas reconnu par la Ligue mondiale islamique et d’être parfois littéralement pourchassée. Le mouvement dispose aussi d’un nouveau prophète, dont le nom est Hadhrat Mirza Ghulam, né en Inde et qui serait le messie attendu par les musulmans, ce qui constitue une sorte de sacrilège pour les autres musulmans, pour lesquels Mahomet est le dernier prophète et Jésus, l’unique Messie.
Hadhrat Mirza Ghulam étant mort il y a tout juste cent ans, l’inauguration de la mosquée en est doublement fêtée et le calife des Amhadis, Hadhrat Mirza Masroor Ahmad, calife purement symbolique, cinquième successeur d’Hadhrat Mirza Ghulam, était présent lui aussi à l’inauguration, en compagnie du Premier ministre, ce qui a permis à Stephen Harper de lui déclarer « Nous félicitons tout particulièrement le Khalife pour avoir dénoncé les individus qui pervertissent la foi en l’invoquant pour justifier la violence. » De fait, le mouvement bannit toute violence dans la religion.
Les Amhadie sont particulièrement concernés par la violence en islam, puisqu’ils en subissent les conséquences régulièrement, notamment ces derniers mois en Indonésie. Car si l’Etat indonésien est laïc, il a dû céder à la pression des musulmans les plus extrémistes, tandis que des manifestations s’y sont tenues avec en plus de la présence amhadie, celle de chrétiens, mais aussi de musulmans dit « modérés » (ce terme est une aberration, un musulman est musulman, il croit, le taxer de « modéré » revient à le décrédibiliser un peu et ce n’est que pour une meilleure compréhension que j’use de ce terme), dans l’objectif de maintenir une certaine laïcité, c’est-à-dire une entente de principe entre les différentes religions. Les mouvements les plus radicaux réclamaient la dissolution du mouvement comme étant blasphématoire, n’hésitant pas à incendier leurs lieux de culte et leurs écoles, lorsqu’ils ne s’en prenaient pas tout simplement aux amhadis eux-mêmes, les contraignant à fuir leurs maisons. Si le gouvernement n’a pas interdit le mouvement ainsi que cela lui était réclamé, il a imposé aux ahmadis de ne pratiquer qu’exclusivement au sein de leur communauté, ce qui fait craindre aux autres confessions de nouvelles concessions devant les extrémistes. L’islam représente 88 % de la population indonésienne et est bien sûr largement majoritaire.
« Quelle que soit l’image que l’on se fait de Dieu, il ne faut pas tuer en son nom. Tous les Calgariens, Albertains et Canadiens peuvent voir dans cette mosquée le vrai visage bienveillant de l’islam ainsi que de ses fidèles. (…) d’autres projets de mosquées ont déjà été amorcés à Saskatoon, Brampton et Vancouver. Cette communauté est vraiment florissante ici au Canada. (…) Partout au monde, les Ahmadis sont reconnus pour leur amour de la paix, leur immense solidarité et leur soumission à la volonté de Dieu, soit les véritables fondements de l’islam », affirme le Premier ministre à l’inauguration, tandis que Lal Khan Malik, président de la Communauté musulmane Ahmadiyya du Canada, ajoute que « L’ouverture de cette mosquée est pour les musulmans Ahmadi une occasion historique d’apporter quelque chose à la société canadienne. Nous invitons chacun à l’adopter comme un endroit de réunion pour établir harmonie et respect. »
La communauté Ahmadi n’est pourtant pas nombreuse au Canada, mais elle y est particulièrement active. Elle compte près de 50 000 membres, dont 2 000 se situent dans le « Peace Village », petite entrave de la ville de Vaughan en banlieue de Toronto. Le village est tout entier construit autour de la mosquée, située au centre du village, les maisons elles-mêmes sont bâties en conséquence, avec une séparation possible entre les hommes et les femmes pour les éventuelles réceptions d’invités et un aménagement dans les écoles pour les enfants souffrant de maux de tête pendant le ramadan est prévu. Pour la plupart, les membres de cette communauté sont issus d’Asie centrale et aussi méridionale.
Mais si la communauté est pacifique et tout à fait laborieuse, Peace Village n’en a pas moins retenu l’attention, dans une société qui tolère le communautarisme comme un fait culturel. Une habitante du coin fait remarquer dans un forum qu’une petite chapelle a été détruite pour installer le village. Tout un chacun y est bienvenue, mais il serait illusoire de croire que de nombreuses personnes de confession différente iront s’y installer. Peace Village est un symbole très parlant du communautarisme au Canada, qui verra aussi à la rentrée ses premières écoles pour enfants noirs, avec une éducation afro-centrée, ce qui peut faire craindre que petit à petit la société canadienne ne se divise en petites communautés, même si cette façon de faire appartient bien à l’histoire culturelle du pays.
La photo en illustration est issue du site http://www.baitunnur.org/
La vidéo qui suit évoque Peace Village, non pas directement la mosquée Baitun Nur qui ne se trouve pas dans le village.
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