Immigration: le grand mensonge européen (L’Union européenne est en panne. Réponses inappropriées, erreurs diplomatiques, valeurs perdues… Face au flux d’immigration arabe, l’Europe s’entête et s’enlise).

Posted on 19/03/2012

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02/05/2011

Mise à jour du 28 juin: Le sommet des chefs d’Etat et de gouvernment de l’Union européenne du 24 juin à Bruxelles a pris de nouvelles mesures très restrictives en matière d’immigration réclamées par la France: possibilité de rétablir les frontières nationales au sein de l’espace Schengen et sélection pour l’asile.

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Fermer les frontières européennes… Yaka, fokon… Quel leurre!

Il y a une règle, certes non écrite, que les dirigeants européens, Nicolas Sarkozy en tête, font mine d’oublier quand ils envahissent la scène avec leurs gesticulations martiales contre l’immigration clandestine. Elle est simple et il faut l’avoir constamment en tête: rien ni personne ne peut arrêter un être humain qui a décidé de quitter sa terre pour un ailleurs qu’il juge meilleur.

Cette règle a façonné l’humanité même après que cette dernière eut décidé de se sédentariser. Le grand mensonge actuel est de faire croire aux Européens, dont une majorité se rend bien compte que le monde change et que la globalisation affecte leur quotidien, qu’ils pourront vivre dans un continent forteresse, totalement étanche, sans miséreux venus du sud ou de l’est.

Dans cette affaire, on se rend bien compte que deux temporalités s’opposent. Un temps court, celui de la politique, des sondages, de l’urgence électorale. Un temps long, celui de l’évolution des peuples, de leur métissage, des mouvements de populations. Les politiques européens savent bien que le flux de migrants qui arrivent à Lampedusa ou ailleurs ne va pas se tarir. Il peut s’interrompre quelque temps mais, comme le dit un proverbe arabe, l’eau contourne toujours le rocher.

Sarkozy, Berlusconi et même Marine Le Pen savent que le Nord continuera d’être la terre promise de dizaines de milliers d’Africains ou d’Asiatiques qui ne recherchent qu’une seule chose: la possibilité de mieux vivre ou, tout simplement, la possibilité de vivre.
Les Tunisiens ne fuient pas leur pays

Bien entendu, les bouleversements en cours dans le monde arabe vont peut-être changer les choses mais, là aussi, il faut s’inscrire dans une perspective longue. Prenons le cas de la Tunisie. La grande question que l’on entend ici et là est de savoir pourquoi les Tunisiens sont aussi nombreux à quitter leur pays alors même que le tyran Ben Ali est parti. Pourquoi ne restent-ils pas pour bâtir la démocratie dans le pays?

La réponse est des plus simples. Celles et ceux qui pensent pouvoir jouer un rôle sont restés. Il suffit d’être à Tunis et d’observer le bouillonnement démocratique pour le comprendre. C’est bel et bien une société libérée qui s’active et s’investit. Ce n’est pas à Orly ou à Roissy que l’on voit débarquer des cohortes de Tunisiens. Pour l’heure, intellectuels, hommes d’affaires, membres des classes moyennes, petits commerçants ou fonctionnaires gardent espoir.
Les fruits tardifs de la transition démocratique tunisienne

A l’inverse, ceux qui partent sont ceux qui estiment que le temps joue contre eux (mettons de côté ceux qui ont intérêt à fuir le pays en raison de leurs agissements passés). Ces migrants dont le ministre de l’Intérieur français, Claude Guéant, ne veut pas préfèrent échanger le peu qu’ils ont contre l’aventure. Ils ne peuvent attendre les lendemains qui chantent car la chute de Ben Ali n’a rien changé à leur situation. Ils étaient chômeurs hier, ils le restent aujourd’hui. Pour eux, la fuite du dictateur a été une bénédiction, un désordre bienvenu qui leur a permis d’embarquer sur une barque à destination de l’île de Lampedusa.

Leur urgence, c’est de s’inventer une vie, même à minima. C’est de pouvoir travailler, gagner de l’argent, économiser et, peut-être, rentrer un jour au pays.

Il est aussi saisissant de noter que les dirigeants européens ne parlent même plus de codéveloppement et de nécessité de fixer les populations du Sud en aidant à la croissance économique de leurs pays. La question que l’on peut se poser est de savoir si quelqu’un croit vraiment à ce discours ou s’il n’a été utilisé que pour se donner bonne conscience. A ce sujet, le cas tunisien parle de lui-même. Comment peut-on rester de marbre lorsqu’on entend José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, expliquer à ses interlocuteurs tunisiens que l’aide financière européenne passe d’abord par la lutte contre l’immigration clandestine?
Une Union européenne en panne

Voilà un pays qui peine à retrouver sa stabilité, où l’insécurité est partout, où des hommes en armes sont signalés aux quatre coins du territoire, où l’appareil économique est à l’arrêt, où les personnalités politiques qui émergent à la faveur de la transition démocratique sont parfois menacées et doivent être protégées, où une bonne partie des policiers et autres gardes-frontières restent chez eux, où les commissariats sont vides quand ils n’ont pas été brûlés, où plus de cent mille réfugiés sont arrivés de Libye, et l’ineffable Barroso, qui restera comme le symbole d’une Union européenne en panne et sans projet, n’a que l’immigration en tête. Quelle misère…

Quand le mur de Berlin est tombé, l’Europe de l’Ouest à signifié aux Allemands mais aussi aux Hongrois, aux Polonais et aux Roumains qu’ils pouvaient compter sur elle. Rien de tel pour la Tunisie ou pour l’Egypte, des voisins de palier à l’heure d’internet et de la mondialisation. Il s’agit d’une période exceptionnelle qui peut déboucher sur le meilleur comme le pire. En comptant leurs sous, en s’effrayant parce que quelques dizaines de milliers de migrants sont parvenus à mettre pied sur son sol (à considérer que Lampedusa fasse vraiment partie de l’Europe, mais ceci est une autre histoire…), l’Europe joue une très mauvaise partition. N’en déplaise aux laïcistes forcenés et aux bouffeurs de curés, l’histoire retiendra que c’est du Vatican qu’est venu un appel sans ambigüité à la générosité à l’égard de migrants d’Afrique du nord.
Les migrants, héros de notre époque

Terminons par une autre observation. Les migrants clandestins sont les héros de notre époque. A l’heure où tout le monde réclame son moment de célébrité, le périple qu’ils ont accompli devrait tout d’abord forcer l’admiration.

Mais qui leur rend hommage? Qui reconnaît qu’il leur a fallu un grand courage pour traverser le désert (cas des Subsahariens mais aussi des Marocains et des Algériens partis en Libye) et embarquer sur une coque de noix. Oui, de véritables héros que l’on ne prend même pas la peine de célébrer à l’heure où les niaiseries de la téléréalité abreuvent des générations entières de jeunes Européens et Européennes. La télévision et les médias nous rebattent les oreilles à propos de tel ou tel aventurier sponsorisé qui a traversé l’Atlantique dans un bateau dont le coût équivaut à un hôpital. Il serait juste, et bien plus honorable, de rendre hommage aux migrants, à ces hommes et femmes prêts à mourir engloutis par le Sahara ou la Méditerranée pour changer de vie.

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