La laïcité en france serait-elle un principe à géométrie variable ?

Posted on 28/02/2012

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La laïcité serait-elle un principe à géométrie variable ? En matière de
religions, l’Etat, serait-il un peu plus « neutre » avec certaines plutôt
qu’avec d’autres ? Ce sont les questions que l’on peut se poser si, comme
l’écrit Mediapart, l’Elysée est intervenu auprès des directions de
plusieurs grandes écoles d’ingénieurs pour qu’elles aménagent leurs concours d’entrée.

Dans une synagogue de Bordeaux, le 18 janvier 2009 (Regis Duvignau/Reuters).

Objectif : permettre à quelques étudiants juifs pratiquants de passer les concours, qui tombent pendant la période de la pâque juive, grâce à « des sessions secrètes de nuit […], avec un confinement préalable des candidats concernés plusieurs heures avant. »
Treize jours de fêtes par an

Pour les juifs très pratiquants (assez minoritaires en France), un certain nombre d’interdits doivent être respectés lors des fêtes religieuses : on ne se déplace pas autrement qu’à pied, on n’écrit pas, on ne signe pas, on n’allume pas la lumière et, a fortiori… on ne passe pas d’examen.

Pour ne pas placer les étudiants pratiquants devant des dilemmes existentiels, et pour favoriser le bon « vivre ensemble » cher au gouvernement, la France fixe chaque année, par circulaire, les dates des fêtes religieuses : il est alors demandé aux établissements scolaires d’en tenir compte dans le choix des sessions d’examens et de concours.

Haïm Nisenbaum, porte-parole des loubavitchs de Paris, communauté juive ultra-orthodoxe, explique qu’il y a treize journées de fête chaque année pour lesquelles s’appliquent les interdictions. Or, seules cinq ont été retenues par la circulaire gouvernementale, parmi lesquelles ne figurent par les jours théoriquement chômés de la pâque juive.

Manque de bol pour les étudiants, cela tombe en plein concours des Ponts, Mines, Supélec et Centrale. Alors, selon le Point.fr, le rabbin Haïm Korsia, proche de Nicolas Sarkozy a demandé au président de la République d’intercéder en faveur des étudiants.

La mise en place d’un dispositif spécial a été démentie par les organisateurs des concours, mais Médiapart confirme ses informations sur l’intervention de l’Elysée.
Au Crif : « C’est du délire complet »

Mais la faveur pourrait en crisper quelques-uns. L’entorse au principe de la neutralité étatique tombe au plus mal. Débat sur la laïcité, régulièrement rebaptisé « débat sur l’islam », publications de 26 propositions de l’UMP, entrée en vigueur de l’interdiction de porter le voile intégral, etc. Depuis plusieurs semaines, la laïcité n’est pas un sujet facile.

Au Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), réaction à chaud, mardi, d’un permanent, qui n’engage pas la structure :

« C’est du délire complet. Il n’y aucune demande qui a été faite dans ce sens. Mais un aménagement de la sorte, c’est impossible. Dans cette période de débat sur la laïcité, on ne peut imaginer une bêtise pareille. »
« Il n’y a certes pas de solution parfaite »

Le Crif, a
finalement réagi jeudi, par la plume de son président Richard Prasquier :

« Non, le Crif n’est pas intervenu, mais d’un autre côté, le Crif
considère que cette affaire ne met pas en cause les principes de
laïcité républicaine ».

L’organisation, qui dément
être courant, refuse que les étudiants qui seraient concernés soient
stigmatisés ou considérés comme privilégiés :

« Il n’y a
certes pas de solution parfaite et celle qui a été trouvée ne l’est pas
non plus. Mais personne n’est lésé, personne n’est privilégié, personne
n’est gêné. La recherche d’équité et de justice doivent être à la base
d’une laïcité responsable »

« Non, la
situation de la dizaine d’étudiants qui resteront confinés dans la
journée du 20 avril et la journée du 26 avril pour passer l’examen écrit
dans la nuit suivante, qui devront ensuite, après un sommeil réduit à
presque rien, embrayer sur les épreuves du lendemain matin comme les
autres étudiants, n’est pas particulièrement privilégiée et on doute
qu’elle soit préférée par qui que ce soit en dehors de motifs
particulièrement importants. »

Au Conseil du culte musulman : « Deux poids, deux mesures »

Du côté du Conseil français du culte musulman, tiraillé durant le débat sur la laïcité, on a aussi du mal à l’imaginer et on préfère attendre une réaction officielle avant de s’exprimer. Mohammed Moussaoui, le président du CFCM, préfère rester prudent :

« Les aménagements prévus par la circulaire ont été plus ou moins respectés jusqu’à présent. Le fait qu’il y ait une recommandation des pouvoirs publics pour tenir compte des dates de fêtes religieuses me paraît suffisante.

Ensuite, si les écoles n’ont pas le choix, je ne crois pas que ce soit judicieux de faire des démarches supplémentaires. Cela peut être considéré comme deux poids, deux mesures. Mais je crois qu’il est judicieux d’attendre la réaction des pouvoirs publics, ils ne peuvent pas laisser une telle information sans réagir. »
Al-Kanz : « C’est une bombe »

Pour d’autres, l’implication de l’Elysée risque de faire l’effet d’une provocation.

« C’est une bombe », écrit le responsable d’Al-Kanz, un portail internet dédié aux consommateurs musulmans. Le blogueur, qui revendique « l’accommodement raisonnable », considère que cela tombe très mal pour le gouvernement :

« C’est grave, c’est insultant, on ne peut pas défoncer les musulmans sous prétexte qu’ils videraient la laïcité et faire cela par ailleurs.

C’est catastrophique… pour les juifs eux-mêmes. Cela va venir alimenter l’idée de complot, le fait qu’on dise qu’ils ont le bras long.

Et en même temps, pour les musulmans, c’est un soulagement. Depuis le début, on dit qu’on ne veut pas de passe-droit, qu’on n’est pas en train de tester la République et la laïcité.

Là, on voit très bien le deux poids, deux mesures. On laisse parler les faits. Qui aujourd’hui peut dire que ce n’était pas un débat sur l’islam ? »
« Se méfier des crispations laïcardes »

L’Union des étudiants juifs de France (UEJF) invite, dans un communiqué diffusé mercredi, à « se méfier des crispations laïcardes ». Pour Arielle Schwab, présidente de l’UEJF :

« La souplesse des institutions vis-à-vis d’une minorité d’étudiants pratiquants n’est pas un aménagement de la laïcité, mais un aménagement au nom de la laïcité. Il serait dangereux d’en profiter pour stigmatiser les communautés et les minorités. »

Le Grand Rabbin de France,, Gilles Bernheim et le Président du Consistoire Central, Joël Mergui, « s’étonnent » dans un texte commun « du procès en laïcité » qui a fait suite « à la demande d’aménagement des épreuves de concours ». Sans confirmer pour autant qu’elles aient abouties.
« Oubli » du Ministère ?

Le CRIF rappelle que l’aménagement d’épreuves décalées existent depuis longtemps : pour des raisons de fuseaux horaires mais également, « ponctuellement », pour résoudre « des situations difficiles résultant du respect des interdits religieux ».

Plusieurs riverains rapportent avoir connu des aménagements similaires durant leurs études, à Paris, à Strasbourg.

Le Grand Rabbinat confirme :

« Les dates religieuses protégées et la pratique de la composition en horaires décalés permettent, depuis longtemps, à tous les enfants de la République, quel que soit leur lieu de résidence et quelle que soit leur religion, de prétendre accéder aux grandes écoles. »

Dans la pratique, lorsque des étudiants alertent les autorités religieuses, il arrive que celles-ci discutent avec les professeurs et l’administration. « Cela se règle généralement au niveau local » affirme le Rabbin Moché Lewin, porte-parole du Grand Rabbinat de France. Généralement, les enseignants sont informés qu’il s’agit d’une personne très pratiquante. Libres à eux, ensuite, de décider si un compromis peut être trouvé.

« On a eu énormément de signalement cette année, plus que d’habitude par des étudiants qui sont dans le désarroi » souligne encore le rabbin. « Il y a peut-être un raidissement, notamment dans les universités. On veut pousser la laïcité dans un non-sens »

Un nombre croissant de demandes, qui, selon les organisations juives, serait dû à un « oubli » du Ministère de la Fonction Publique. Elles reprochent à ce dernier d’avoir omis d’inclure la Pâque Juive dans la liste des jours fériés « protégés » par une circulaire gouvernementale.

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