INDE ET CONSÉQUENCES « explosif nucléaire pacifique »

Posted on 28/02/2012

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LA PROLIFÉRATION
« The Islamic Bomb » un résumé de synthèse

Méthode des auteurs, crédibilité

Enquête menée de façon objective et très vaste, débordant le sujet, basée sur des documents originaux souvent secrets ou très confidentiels et sur des témoignages de responsables livrés en général avec leurs noms (sauf, en particulier, pour des témoins dont les auteurs craignaient de mettre la vie en danger). En cas de doute, vérification contradictoire par recoupements à deux, voire trois sources indépendantes, décrite en détail. Le travail très documenté, contenant plusieurs révélations importantes, a commencé fin 1979 et a été clos en août 1981. Il y a très peu d’erreurs techniques et il n’y a pas de doute que l’ouvrage fera autorité, tout en étant fortement contesté par ceux qu’il met en cause.

Plan du résumé

Nous ne suivrons pas le plan assez complexe de l’ouvrage. Nous évoquerons dans l’ordre les cas, marginaux dans le livre, de l’Inde et d’Israël, puis les cas du Pakistan et de l’Irak, terminant avec les perspectives actuelles en matière de prolifération qui y sont décrites.

Le résumé proprement dit sera suivi de quelques commentaires de synthèse.

Note : les remarques entre crochets sont de l’auteur de ce résumé (Roger Belbéoch).

INDE ET CONSÉQUENCES

L’explosion de 15 kilotonnes d’une bombe au plutonium le 18 mai 1974 en Inde (p. 129) ouvre « l’ère de la prolifération ». L’Inde présente cette bombe comme un « explosif nucléaire pacifique » (p. 132), fiction commode faisant référence à des projets de grands travaux par explosions nucléaires envisagés dans les années 1960 et restés sans suite. L’architecte du programme indien est le Dr Bhabha, grand physicien éduqué à Cambridge, qui a su l’imposer fin 1964 au successeur de Nehru (p. 132) après la première explosion chinoise. La base du programme était le réacteur de recherche CIRUS de 40 mégawatts à uranium naturel et eau lourde, fourni par le Canada, imprudemment sans contrôles (p. 130), et une petite usine de retraitement fournie par les Américains (p. 131). Dès 1951 la France a signé un accord de coopération. M. Francis Perrin : « La France aussi porte une responsabilité par un enseignement relatif à l’extraction du plutonium du combustible irradié » (p. 131). Les Canadiens ont été très rassurants, en particulier vis-à-vis du Pakistan, jusqu’au jour de l’explosion (p. 133). Les auteurs soulignent leur responsabilité. Cependant, les préparatifs étaient un secret de polichinelle (p. 133) rien n’a été fait pour les freiner.
Les Américains ont accepté la fiction de l’explosion pacifique (p. 134) et il n’y eut aucune conséquence pour l’Inde [dont le délégué est membre du conseil de l’Agence de Vienne (AIEA) à ce jour] si ce n’est une rupture de fournitures par le Canada, trop tard.
Il apparaît que les Indiens n’ont pas, depuis, développé un arsenal nucléaire (p. 134). Mais ils ont une capacité nucléaire et un gros stock de matériaux explosifs, provenant de CIRUS et d’autres réacteurs (CANDU) (p. 134).
S’il n’y a pas eu rétorsion [malgré l’entrée en vigueur du traité de non prolifération (TNP) en 1970, que l’Inde n’a, il est vrai, pas signé], cette explosion a totalement changé la situation. Elle a :
– prouvé que même des nations pauvres du Tiers Monde pouvaient accéder à la bombe atomique (p. 137),
– déclenché la course aux armes atomiques en Asie (tout le livre),
– provoqué une prise de conscience des dangers de la prolifération (p. 137).
Les auteurs évoquent à ce propos le « mythe » du « plutonium civil », qui, contenant trop de Pu240, serait impropre à une explosion nucléaire : les Américains ont prouvé expérimentalement le contraire (p. 139). Ils relatent comment le rapport Wohlstetter, en soulignant « qu’il n’y a pas deux atomes, l’un pacifique, l’autre militaire mais un seul »… « en particulier dans le cas des usines de retraitement » (p. 141) et que « le passage prévu aux surgénérateurs présente des dangers sans précédents de prolifération » (p. 144), a changé radicalement la politique américaine vis-à-vis de la prolifération. Ce rapport soulignait également les dangers que présentent les règles de l’AIEA et du TNP qui « n’interdisent ni les usines de retraitement, ni celles d’enrichissement, ni les stocks de plutonium, etc. », mais les mettent seulement « sous le contrôle ». Ces contrôles peuvent être dénoncés alors que « le temps critique pour faire des explosifs diminue d’année en année » (p. 143). Le résultat est la « prolifération rampante », à l’abri du TNP (p. 144), car l’AIEA n’a pour rôle qu’une « détection à temps », devenue sans vraie signification.
Ce réveil de la politique américaine (Ford) aux dangers de la prolifération a abouti à la constitution du Club de Londres (p. 150) et à la volonté américaine d’imposer des conditions beaucoup plus strictes que celles de l’AIEA en matière d’exportation nucléaire. Les tensions qui s’en sont suivies, en particulier avec la France au sujet de la Corée du Sud, de Taïwan et du Pakistan, sont alors décrites :
– tentative française de vente nucléaire en Corée stoppée par une pression directe des Américains sur la Corée (p. 152),
– tentative française d’exportation d’une usine de retraitement à Taïwan.
A ce propos les auteurs livrent (pp. 152-153) un document secret daté du 5.2.1973 dû à M. Bertrand Goldschmidt, un projet d’usine de retraitement de 100 tonnes par an à construire par SGN (Saint Gobain Techniques Nouvelles), indiquant que SGN a déjà fourni à Taïwan un petit ensemble de retraitement : « Nous pensons que ce serait une honte pour notre industrie de ne pas recevoir les fruits de l’action déjà promise au moment de la fourniture d’un laboratoire de retraitement ». SGN s’entend avec son concurrent allemand, mais les Américains stoppent le marché par un veto assorti de menaces à l’égard de Taïwan.
Cette action américaine est efficace et, selon les auteurs, Taiwan ne constitue pas actuellement un risque immédiat de prolifération.
Carter poursuit la politique de Ford (p. 153), mais essuie des échecs (Brésil, p. 157). L’affrontement avec la France au sujet du Pakistan conduira à un désistement français (voir « Pakistan »).

ISRAËL

Les auteurs discutent longuement où en est le programme israélien, selon divers rapports (pp. 105 110). Tout le monde croit qu’Israël a de quoi faire environ une bombe par an, et qu’il a la bombe. Ils évoquent la politique « d’ambiguïté délibérée » d’Israël à ce sujet (p. 106). Ils évoquent aussi la distinction entre « option nucléaire » (ou « capacité nucléaire ») et « arme nucléaire » (disponible) (p. 325). Ils concluent que cette distinction devrait être rejetée par les exportateurs (p. 326) car elle ne peut conduire qu’à la prolifération rampante. En revanche ils pensent qu’il vaut mieux qu’Israël comme l’Inde maintiennent leur « ambiguïté délibérée », car l’étalage d’un arsenal conduirait à une course aux armements nucléaires encore plus débridée (p. 301).
Ils évoquent le rôle de la France dans le programme nucléaire israélien (pp. 110 119). Décision prise en 1956 par Guy Mollet de fournir un réacteur de recherche à uranium naturel et eau lourde de 24 mégawatts (Dimonah), sans contrôle international [c’était bien avant le TNP] et d’engager une vaste coopération nucléaire : mise à la disposition de la France d’un procédé de production d’eau lourde développée par le Pr Israel Dostrowsky (p. 112) ; participation de scientifiques israéliens à l’élaboration de la force de frappe française (p. 113) [!] [seules des sources anonymes, américaines et françaises sont invoquées ici] ; fourniture à Israel d’une petite unité de séparation de plutonium. M. Francis Perrin « La France a beaucoup aidé Israel » … « Nous avons également participé à la construction d’une usine d’extraction de plutonium », ceci via la SGN, selon une source de l’AIEA. Les Israéliens auraient aussi eu accès aux données techniques relative aux mesures faites lors de l’explosion d’essai de la bombe française (p. 114). Plus tard de Gaulle met fin à cette coopération (p. 113), mais auparavant (p. 118), selon des sources françaises anonymes, du combustible irradié aurait été renvoyé en France et du plutonium séparé retourné en Israel. Ceci est nié par les sources israéliennes, et il n’y a pas de conclusion définitive dans le livre.
Les auteurs évoquent la disparition de 100 kg d’uranium fortement enrichi en U235 en Amérique (pp. 119-124) dont auraient bénéficié les Israéliens, sans conclure sur la véracité de cette thèse, ainsi qu’une opération qui aurait permis à Israel de se procurer en secret 200 tonnes d’oxyde d’uranium naturel en Allemagne (pp. 124-128).

PAKISTAN

Naissance du projet

L’architecte du projet est Ali Bhutto dont une des idées force était dès les années 60 l’accession du Pakistan à la bombe atomique (pp. 39-52). Il l’a écrit en 67, mais n’a pas été pris au sérieux. Au pouvoir fin 1971, Bhutto trouve dans la défaite aboutissant à la sécession du Bengladesh l’aliment de son ambition. Les auteurs révèlent pour la première fois qu’une réunion eut lieu à Multanen en janvier 1972 entre Bhutto et les meilleurs scientifiques pakistanais, au cours de laquelle la construction d’une bombe atomique a été décidée (pp. 44-46). Le prix Nobel Abdus Salam refuse par suite sa coopération (p. 46).
Les auteurs décrivent en détail les tentatives avortées de Khadafi d’acheter une bombe atomique et ses tractations avec Bhutto pour financer le programme pakistanais. Elles ont eu lieu à Paris en 1973 et ont inclus l’Arabie Saoudite et le Golfe. Tous ces États ont accepté le principe de financer le programme et malgré la pauvreté du Pakistan il ne devait plus subsister de problème financier (p. 61). Khadafi posait cependant des conditions inacceptables (disposer de la première bombe) et ce n’est qu’en février 1974 (p. 62) que l’accord était conclu, entériné en marge du sommet islamique de Lahore.
Le Pakistan avait déjà un réacteur canadien CANDU (137 mégawatts électrique, 400 mégawatts thermique) qui pouvait fournir le plutonium (p. 66). Bhutto s’est tourné vers la France pour la fourniture d’une usine de retraitement pour la séparation du plutonium contenu dans le combustible.

Position de la France

Les auteurs discutent ensuite les positions françaises d’alors (1974) sur l’industrie nucléaire et la prolifération. M. Bertrand Goldschmidt : « N’eût été l’énergie nucléaire, vous auriez une lutte mondiale pour les ressources énergétiques et peut être une guerre nucléaire. » M. Michel Pecqueur « Ce que nous pouvons faire pour payer notre facture pétrolière est de développer notre technologie nucléaire et notre industrie nucléaire » (p. 71). Et la prolifération ? Officiellement on invoque le contrôle international. « En privé l’attitude française est plus cavalière » disent les auteurs (p. 72), comme en témoigne un grand paquet de documents secrets qu’un inconnu remet aux auteurs (p. 72). Réunion du 4 janvier 1973 du Comité Interministériel de l’Énergie Atomique (p. 73) [nous traduisons de l’anglais] selon M. Bertrand Goldschmidt « une nation ne peut pas construire un véritable arsenal nucléaire en secret, mais presque n’importe quelle nation pourrait construire quelques bombes sans que quiconque le sache ; ceci est pratiquement impossible à arrêter ; cela n’a donc pas de sens d’être trop obsédé, comme les Américains, par la construction clandestine d’une seule bombe, car il n’y a aucun moyen de l’empêcher. » M. André Giraud dit : « Le développement de l’énergie nucléaire va augmenter considérablement les quantités de plutonium manipulées dans le monde ; … la négligence ou des erreurs marginales commises volontairement rendront possible la dissimulation des quantités appréciables du plutonium en ce sens l’efficacité des contrôles est très discutable un dispositif primitif (de bombe atomique) ne peut être exclu, assemblé éventuellement avec diverses pièces détachées, au prix d’un rendement réduit… » [ce document a paru dans Libération, 10 juin 1981, p. 3]. « Voilà, commentent les auteurs, ce que pensaient vraiment les mandarins nucléaires français. »
Le Quai d’Orsay était plus prudent, voulant sauver les apparences, et « était de façon récurrente en désaccord sur la politique d’exportation nucléaire, le Quai bataillant contre les pressions exagérées exercées par Giraud et le C.E.A. en faveur des exportations nucléaires » (p. 73). « Le Quai ne voulait pas que la France soit considérée par ses alliés comme aidant le Pakistan à construire une bombe … mais André Giraud et le lobby de l’exportation ne voulaient pas perdre la vente, ni la promesse des ventes futures. » (p. 78).

Chasma

Un premier accord pour une usine de séparation de 100 tonnes par an, 800 kg de plutonium par an, à Chasma, fut signé en mars 1973, un accord détaillé en octobre 1974, impliquant le SGN, avec un espoir de fournir plus tard 3 réacteurs de puissance (p. 75). Les auteurs rapportent des conversations avec M. François Xavier Poincet, ancien directeur de SGN ; celui-ci minimise les dangers de Chasma et dit que ce n’est pas son affaire mais celle du gouvernement (p. 77). L’aide-mémoire secret du 24 janvier 1975 décrit le mécontentement de Munir Khan (chef du C.E.A. pakistanais) face à une demande de contrôle multilatéral avec l’AIEA ; ce document montre aux Français à l’évidence les intentions pakistanaises (p. 78). Le Pakistan accepte finalement, début 1976, les contrôles de l’AIEA [le Pakistan n’adhère pas au TNP], et le contrat est signé. Et pourtant il est bien connu qu’une grosse installation rend les contrôles encore plus aléatoires car elle permet, si les accords sont violés, de préparer du plutonium militaire en grande quantité très rapidement (p. 165) avant que d’éventuelles mesures de rétorsion aient pu agir.

L’usine pilote (p. 80)

Cette usine, plus petite, sise à Kahuta, et sans contrôle était en construction alors même que les négociations pour Chasma étaient en cours. Les Anglais avaient refusé de la construire. Elle a été confiée à Belgonucléaire pour l’ensemble du laboratoire et à SGN pour le retraitement proprement dit. Les auteurs expliquent qu’une première bombe pouvait être construite à l’aide de cette usine, que le Quai d’Orsay le savait, mais qu’il ne savait pas que c’est SGN qui le construisait [!]. L’existence de cette usine était cependant invoquée pour poursuivre Chasma, car « puisque les Pakistanais ont déjà une usine pilote, ils n’avaient pas vraiment besoin d’une grosse usine comme Chasma juste pour faire une bombe. Alors pourquoi ne pas livrer ? » (p. 83).

Crise avec l’Amérique

Après l’explosion indienne, la CIA met le Pakistan sur la liste des « possibles » avec comme date cible 1984 (p. 161). La diplomatie américaine commence une longue action contre la prolifération (déjà évoquée à propos de la Corée et de Taïwan). Kissinger menace Bhutto de l’application de l’amendement Symington, qui interdit toute aide économique et militaire à un pays important ou exportant des usines d’enrichissement ou de retraitement non contrôlés (p. 163). Bhutto, dans son testament politique : Kissinger m’a dit que « je ne devais pas insulter à l’intelligence des États Unis en disant que le Pakistan avait besoin de l’usine de retraitement [de Chasma] pour ses besoins en énergie. » « Toutes les autres grandes civilisations les chrétiens, les juifs, les hindous et les communistes ont la capacité [nucléaire] et maintenant la civilisation islamique l’aura aussi » (p. 163).
Kissinger intervient en France. Jacques Chirac invoque la « souveraineté nationale » et refuse la discussion. Cette visite déclenche cependant un changement « étonnamment rapide », Le 1er septembre 1976, le Président Giscard d’Estaing crée le conseil politique nucléaire extérieure, rencontre Kissinger le 7 septembre et en octobre annonce que la France renonce à la « compétition couteau sur la gorge », qui utilise la laxité en matière de contrôle comme argument de vente ; « le contrat sur Chasma sera cependant respecté ». Le 16 décembre, la France renonce à vendre d’autres usines de retraitement.
Suit (pp. 164-173) la description d’une longue tractation qui a abouti après 2 ans d’efforts au quasi abandon du projet de Chasma par la France. Les Canadiens, pour leur part, tentent d’imposer des contrôles plus stricts de leur réacteur CANDU et finissent par rompre les ponts [mais c’est un réacteur à uranium naturel, et du combustible peut être trouvé ailleurs]. Un coup d’État renverse Bhutto. Cependant il est trop tard. Selon M. Poincet, SGN a déjà fourni 95 % des plans (p. 167). Les Pakistanais relancent SGN puis M. Louis de Guiringaud, qui propose une nouvelle méthode de retraitement, le coretraitement fournissant du plutonium impur ; ils refusent. M. André Jacomet, du Quai d’Orsay, effectue deux missions les Pakistanais s’accrochent au plutonium pur. Jacomet « Nous étions convaincus que les Pakistanais voulaient la bombe atomique… La seule voie était de ne pas poursuivre le contrat » (p. 171). En février 1978 SGN reçoit une lettre ferme du gouvernement disant de tout arrêter. M. Poincet prétend actuellement que cet ordre était dû à une intrigue américaine pour juguler la concurrence. Le 15 juin 1978 l’annulation du contrat est définitivement décidée, mais jamais rendue publique. Au cours de sa mission, Jacomet invoque la nouvelle politique de ne pas vendre des usines de retraitement et insiste que c’est général, non discriminatoire vis-à-vis des Pakistanais (p. 173). Le Pakistan n’acceptera jamais la décision et tentera de la contourner. Le général Zia continue en matière nucléaire la politique de Bhutto.

Les tentatives de contournement du Pakistan (pp. 195-223)

Les auteurs décrivent en détail, documents à l’appui, comment les Pakistanais ont essayé d’induire SGN à continuer à les aider malgré les ordres du gouvernement. M. Michel Pecqueur à M. Georges Besse, président de Cogema, 28 mai 1979 « De diverses sources, étrangères et françaises, circulent des rumeurs selon lesquelles SGN encouragerait la continuation du transfert de savoir-faire et de matériel au Pakistan pour faciliter l’achèvement de l’usine de retraitement… » Besse demande des explications ; le 31 mai 1979, Poincet admet que SGN aide les Pakistanais pour passer des commandes et qu’il a encore quelques résidents là-bas, mais nie la contrebande de matériel (p. 196). Les auteurs rapportent alors comment l’organisateur de l’action pakistanaise S.A. Butt, basé à Paris, effectue ses achats de matériel de haute technologie nécessaire pour une mise en route du processus de retraitement. Une aide secrète de SGN apparaît à plusieurs reprises. « Le CEA pouvait-il, avec son penchant pour les exportations, défier ouvertement le Quai d’Orsay ?… » demandent les auteurs. « La réponse est aussi ambiguë que la politique française elle-même » répondent-ils (p. 199). Jacomet : « Ce que nous avons essayé c’est de ne pas rompre avec le Pakistan sur ce sujet. » Le contrat n’était pas supprimé, seulement suspendu. C’est ainsi que des ingénieurs français sont restés au Pakistan pour finir les travaux de génie civil, pour le compte de SGN au moins jusqu’en décembre 1979 (p. 200). La politique française, si bien accueillie par les Américains, était « évasive, incertaine, pleine de compromis » (p. 200). Poincet lutta contre la décision gouvernementale et fut démis le 29 juin 1979 ; il maintient à ce jour [mars 1980] des contacts, de son propre aveu, avec les Pakistanais (p. 201). Les auteurs décrivent l’aide que SGN a continué à fournir au Pakistan, en passant par une filiale en Italie, faits contestés par M. Alain Vaneau, porte parole du CEA, mais confirmés par Dr Fabio Pistella, premier conseiller du directeur du CEA italien (CNEN) (p. 207).
D’après les auteurs, les Pakistanais ont réussi à terminer l’usine pilote de Kahuta, qui devait démarrer début 1981 (p. 215) et est la source la plus probable d’explosif pour la première bombe pakistanaise au plutonium, qui devrait être prête en 1982. Les Pakistanais n’ont jamais admis l’existence de cette usine : elle est en dehors de tout contrôle de l’AIEA (p. 221). Quant à Chasma, elle est théoriquement sous contrôle, mais celui-ci ne s’effectue pas, au grand embarras de l’AIEA.

La voie uranium par ultracentrifugation

Les auteurs décrivent de façon très détaillée (pp. 174-182) le vol, en Hollande, par les Pakistanais de secrets de l’ultracentrifugation pour séparer U235, nouvelle méthode d’enrichissement mise au point par la Grande-Bretagne, la Hollande et l’Allemagne. Ils décrivent avec tout autant de détails comment M. Butt a pu se procurer au Pakistan, par pièces détachées commandées dans le monde entier, le matériel nécessaire (pp. 183-194, 215-217), exploitant le fait que l’exportation, même massive, de ces pièces, prises séparément, n’était pas sur la liste du Club de Londres : la Suisse (p. 183), l’Allemagne (p. 185) laissaient faire. Est décrit également l’achat complet, toujours par M. Butt, d’une usine d’hexafluorure d’uranium en Allemagne (p. 219). Ces achats massifs ont fini par déclencher une réaction internationale, qui par des moyens plus dignes d’une histoire policière que des lois et accords internationaux a réussi à freiner ce projet.
Tout cela démontre que « le système des règlements et contrôles internationaux destinés à empêcher les exportations dangereuses est aisément contourné, désespérément vulnérable, facilement trompé… et qu’il n’existe pas d’effort sérieux pour empêcher la violation même des règles existantes » (p. 194).

Achats d’uranium

De l’uranium naturel a été acquis auprès du Niger par le Pakistan et la Lybie, par centaines de tonnes, jusqu’en 1981. La COGEMA, filiale du CEA, détient la majorité des actions de ces mines. Le CEA était au courant, comme l’a confirmé M. Pecqueur (p. 210). Aucune inspection n’a jamais pu avoir lieu en Lybie.
[Ce qui précède montre comment le Pakistan s’est lancé dans un programme d’armement nucléaire « tout azimuth », empruntant à la fois la voie plutonium et la voie uranium, sans jamais être découragé par les difficultés et qu’il a souvent bénéficié de bienveillance ou même de complicités. Aux dernières nouvelles, la CIA annonce pour 1984 (comme prévu il y a 10 ans) la disponibilité d’une bombe pakistanaise : une explosion est cependant tenue pour improbable à cette date, car pour l’instant le Pakistan aurait plus à y perdre qu’à y gagner sur le plan politique et économique New York Times, 25 janvier 1981, ci-joint].

IRAK

Naissance du projet

La bombe pakistanaise a été placée d’emblée sous le signe de la solidarité islamique ; le projet irakien, lui, relevait du nationalisme arabe laïque (Baas) (pp. 85-86). Son architecte est Saddam Hussein (p. 86) (au départ éminence grise, président de l’Irak depuis mi-1979), qui, contrairement à Ali Bhutto, a tu à l’époque ses ambitions, sauf dans une déclaration en septembre 1975, faisant allusion à « la première tentative arabe d’armement nucléaire » (p. 89). Le point de départ du programme est le voyage de M. Jacques Chirac à Bagdad en septembre 1974, au cours duquel les Irakiens, déçus par le refus soviétique de nouvelles livraisons nucléaires (conforme à la politique traditionnellement anti-prolifération de l’URSS) se sont tournés vers la France (p. 91). Une concurrence effrénée sévissait cependant en cette matière, les Canadiens en particulier offrant leur réacteur CANDU à uranium naturel, vantant par allusions sa capacité de produire du plutonium. Selon M. Yves Girard, vice-président de Technicatome, il était alors de bonne guerre commerciale de vanter les vertus de produits offerts, y compris leur capacité de produire du plutonium (p. 191), « Pour ne pas se laisser distancer» les Français proposent un réacteur de 500 mégawatts [électrique, 1 500 mégawatts thermique] graphite-gaz [le type même du réacteur plutonigène, cette filière ayant servi à la construction de la force de frappe française avec des réacteurs bien moins puissants]. Chirac accepte (légèreté ou ignorance, se demandent les auteurs) (p. 92). Le projet n’aboutit pas cependant, cette filière étant déjà démantelée, non sans une bataille entre CEA et EDF : cette dernière craignant une réactivation de cette filière abandonnée à l’époque au profit des réacteurs à eau légère, et tirait argument contre le CEA de sa nature proliférante. Le Président Giscard d’Estaing tranche pour EDF.

Achat d’Osirak

Yves Girard : « Nous savions très bien que quelque Irakiens étaient intéressés par l’aspect militaire, le potentiel militaire du réacteur.., mais c’était les gens de l’armée» (p. 93). Les Français suggèrent l’achat d’un réacteur de recherche avancé : « Les scientifiques irakiens pourraient le « vendre » aux militaires à cause de sa capacité de production de plutonium, disant que cela donnera à l’Irak « l’option nucléaire »… (ces scientifiques) voulaient un outil leur assurant une formation pour entrer dans le monde nucléaire » (p. 93). En septembre 1975, Saddam visite Paris (et Cadarache) ; le 18 novembre un accord de coopération est signé ; le 26 août 1976 [5 jours avant le revirement vis-à-vis du Pakistan !] est conclu le contrat d’Osirak, « un des plus puissants et des plus perfectionnés des réacteurs d’essai de matériaux [MTR] du monde » (p. 94).
Tout en prétendant qu’Osirak est mal adapté pour faire une bombe, Yves Girard admet : « Bien sûr nous aurions dû résister … dire : cet outil est trop bon, cherchez quelque chose de plus raisonnable … mais tout le monde voulait vendre : les Italiens, les Canadiens, les Allemands » (p. 95). Les Français se rassurent en invoquant l’incapacité technique des Irakiens, à laquelle ne croient nullement les Israéliens (p. 96), à moyen terme. D’autant que la fourniture de 80 kg d’uranium enrichi de qualité militaire fait partie du contrat (p. 97).

Les installations italiennes

Les auteurs décrivent en détail l’achat par l’Irak en Italie d’un important ensemble de radiochimie, de cellules chaudes, de fabrications de combustible à uranium naturel [d’aucun usage normal pour Osirak], etc. (pp. 97-102). Tout cela peut servir à la séparation de plutonium obtenu par irradiation d’uranium. Les Français accusent les Italiens de ne pas se soucier de prolifération ; les Italiens retournent l’argument (p. 102). Le fractionnement de l’ensemble de l’installation permet à chacun de se justifier.

L’opposition au projet

Les auteurs relatent en détail la guerre secrète qui se livre dans les années qui suivent (pp. 227-248). Destruction du coeur d’Osirak par explosif le 6 avril 1979 près de Toulon (pp. 227 233) ; meurtre du physicien el Meshad à Paris le 14 juin 1980 (pp. 239-243) ; menaces et attentats en France et en Italie par un « Comité islamique se disant d’obédience iranienne » [la guerre irano irakienne venait d’éclater].
Ils décrivent aussi la bataille diplomatique. Interventions américaines. M. Michel Debré, le 3 décembre 1976 « Nous ne pouvons pas laisser nos alliés américains et européens continuer leur offensive contre notre industrie nucléaire » (p. 235). Les Français résistent. André Jacomet : « Pour le Pakistan nous avions des documents indiquant leurs intentions. Pour l’Irak nous ne savions que ce que nous savions. Et l’Irak était signataire du TNP » (p. 235). En janvier 1978 les Américains interdisent la réexportation de leur uranium enrichi en Irak, obligeant les Français à puiser dans leurs stocks militaires de Pierrelatte, par ailleurs beaucoup plus cher (p. 235).
Début 1979, les Soviétiques expriment leur inquiétude (p. 236). Même l’Arabie Saoudite fait part de sa préoccupation, en 1978 (p. 236) : « Le simple fait d’avoir la bombe donnerait à l’Irak la suprématie dans le Golfe » (p. 237) disaient-ils, du moins en 1978. L’Iran fait des démarches pressantes, sous le Shah comme sous Khomeini (p. 237). Dès 1977 la Syrie intervient, inquiète de la puissance que donnerait la bombe à son rival (p. 238). Les auteurs évoquent la tuerie de l’ambassade d’Irak à Paris et concluent que les suspects ne manquent pas pour ce qui est des meurtres et attentats (p. 239), sans parler des Israéliens dont les démarches diplomatiques sont évoquées plus loin.

Persécutions en Irak et caractère de Saddam Hussein

Les auteurs évoquent la répression de Saddam Hussein contre les Chiites en 1979, au cours de laquelle il fait emprisonner et torturer atrocement les deux meilleurs physiciens nucléaires irakiens, chiites ; le plus brillant des deux est condamné à mort et on ne sait pas s’il est mort ou vivant (pp. 249-255). Ces faits et d’autres persécutions dont ils sont témoins dépriment gravement le personnel français sur place (p. 255), mais ne provoquent aucun changement dans l’attitude française.

La voie uranium enrichi

Les auteurs expliquent comment dans le contrat initial négocié alors que M. Chirac était premier ministre, la France s’est engagée à fournir 80 kg de combustible enrichi en U235 à 93 %, de quoi construire au moins 4 bombes atomiques, cette quantité devant être livrée dans sa totalité en 1981, à la mise en route du réacteur (p. 256). [Il faut 40 kg par an pour faire marcher le réacteur à pleine puissance.] « Le risque était évident et à ce jour il n’est pas clair comment et pourquoi les Français ont jamais pu commettre une action aussi irréfléchie » (p. 256). Ce fait a été la cause la plus immédiate des interventions de protestation citées plus haut et du refus américain de livrer l’uranium enrichi. Bientôt le Quai d’Orsay « bataillait … pour éviter au moins les risques les plus embarrassants » alors que « le CEA luttait pour garder le contrat dans sa forme originale » (p. 257). Ce « désaccord profond » [en français dans le texte], rapporté par la presse dès mars 1978, poussa le Quai à insister sur la mise au point d’une alternative en matière de combustible, Caramel. André Giraud (devenu alors ministe de l’Industrie) vante publiquement « le caractère parfaitement non proliférant de ce combustible » (p. 257). Caramel est proposé aux Irakiens fin 1977 ou début 1978 ; ils refusent. Pour finir, le Président Giscard d’Estaing décide, en mars 1978, que l’uranium enrichi sera envoyé charge par charge (13 kg) et irradié dès sa livraison : ceci écarte le risque le plus immédiat (p. 257). On continue cependant à tenter le passage à Caramel, en particulier lors de la visite à Bagdad de M. Raymond Barre en juillet 1979. Nouveau refus. La France s’incline et envoie la première charge la semaine du 20 juin 1980 (p. 259).

La voie plutonium

Une livraison charge par charge ne permet plus le détournement direct de l’uranium enrichi pour faire la bombe, et y tenir avait pour les Irakiens un sens plutôt symbolique (p. 260). Professeur Francis Perrin « Je suis persuadé que l’Irak se prépare à avoir une bombe atomique. La première chose à considérer est que ce réacteur utilise de l’uranium enrichi, … je doute que l’Irak veuille utiliser directement cet uranium pour faire une bombe … Ils pourraient en revanche irradier du combustible avec ce réacteur pour produire du plutonium » (p. 260).
Les auteurs tentent d’établir quelle serait la production annuelle potentielle de plutonium dans une « couverture » d’uranium naturel irradié par les neutrons du réacteur. Pour ce faire, « la difficulté était dans l’énorme secret entourant tout le projet nucléaire irakien et dans l’habitude exaspérante des autorités nucléaires françaises de dire des mensonges même lorsque cela ne semble servir aucun but ». Début 1981, M. Alain Varneau, porte-parole du CEA, leur dit « Dans ces conditions idéales, réellement idéales, ils pourraient avoir environ 10 kg par an » (p. 263). Ce chiffre leur paraît sidérant [2 bombes par an]. Plus tard, après l’attaque israélienne, les autorités se rétractent : le chiffre de 10 kg provenait « d’une étude superficielle » ; « 2,4 kg, c’est plus probable ». « C’est donc tout ce que les Français considéraient comme valant la peine de faire au départ », notent les auteurs : « une étude superficielle ». En fait, les estimations varient de 2 à 10 kg par an [le directeur de l’AIEA a annoncé 8 kg]. « 2 bombes par an ou 1 bombe tous les 2 ans » ; pour les Israéliens, cela ne change guère. Ce qui préoccupait les Israéliens, c’était cette production de plutonium plutôt que le détournement de l’uranium enrichi [livré charge par charge] ; or ils ne croyaient pas à l’efficacité des contrôles (p. 236).
Les auteurs exposent alors un des éléments « les plus atterrants » du dossier « L’Irak n’avait aucune obligation légale de ne pas utiliser le réacteur pour irradier de l’uranium naturel … ni avec nous, ni avec l’AIEA », indique aux auteurs un des diplomates du Quai chargé plus tard de réviser le contrat ; « Tout ce que fait l’AIEA, c’est de comptabiliser ces opérations » (p. 264). [Les matériaux ainsi obtenus ouvertement pouvaient donc être stockés sur place]. Compte tenu des dispositifs de séparation italiens qui pouvaient être facilement agrandis, les Irakiens mettaient donc en place ce que le sénateur américain Alan Cranston a appelé « un projet Manhattan pour le monde arabe radical », et ceci dans le cadre du TNP.

La matière première pour le plutonium

Les auteurs décrivent les achats massifs d’uranium naturel : 138 tonnes de « yellow cake » (qui n’est pas sous contrôle de l’AIEA) au Portugal en mars 1980, 100 tonnes du Niger début 1981 et l’accord de coopération nucléaire extorqué au Brésil (pp. 270-272).
Plus alarmantes encore sont les tentatives d’achat d’uranium appauvri [en U235], qui « n’a que deux utilisations majeures : servir de lest pour un voilier [environs 15 tonnes pour le « Pen Duick VI » d’Eric Tabarly] ou de couverture à un coeur de réacteur pour faire du plutonium » (p. 272) [la réduction de la teneur en U235 d’un facteur 3 diminue l’échauffement et la radioactivation de la couverture et facilite considérablement son irradiation ainsi que la séparation du plutonium]. L’Irak a pu acquérir de l’uranium appauvri selon l’AIEA, mais nous ignorons combien.

Les faits les plus récents

Les auteurs évoquent les démarches israéliennes relatives au réacteur, son bombardement par les Iraniens, l’exode qui s’en est suivi des techniciens français, qui ont abandonné sur place les 13 kg d’uranium enrichi déjà livrés et l’interruption du libre accès au réacteur pour les inspecteurs de l’AIEA décidé à ce moment par les Irakiens (pp. 275-282). Les officiels français n’ont jamais pensé à ce qui pourrait se passer en cas de guerre ; « très embarrassés … ils disent (selon le Washington Post) que cela place tout le problème de la prolifération nucléaire sous un jour nouveau » (p. 282). Ils décrivent pour finir la destruction du réacteur par les Israéliens (pp. 283-291 et 3-10).
Dans un chapitre spécial (pp. 11-21), les auteurs évoquent les efforts faits pour améliorer le contrat dès l’entrée en fonction du Président Mitterrand. Un groupe de travail se met à l’ouvrage au Quai, dès le 22 mai 1981, sous la direction de M. François Nicoullaud. « Pour la première fois des diplomates hostiles à la prolifération, comme Nicoullaud, ont une chance de gagner leur petite bataille contre les marchands nucléaires exclusivement préoccupés d’exportation » (p. 12). Il s’agissait de colmater les « failles » du contrat, dont quelques unes étaient « évidentes de façon choquante » : pas d’obligation légale de ne pas utiliser le réacteur pour irradier de l’uranium et produire ainsi du plutonium (p. 13) ; pas de disposition claire sur le devenir du combustible usé, hautement radioactif et encore à haute teneur en U235 (p. 15) ; garanties insuffisantes pour la présence des techniciens français sur le site jusqu’à 1989, disposition tenue encore à l’époque rigoureusement secrète. Cette disposition fut d’ailleurs violée dans l’année même de sa signature lors de l’interdiction faite aux techniciens, après l’attaque iranienne d’accéder à Osirak (p. 14). « Nous aurions voulu que soit dit expressément que les Français sont là sur une base permanente », dit un officiel. « La France voulait cette fois-ci avoir la garantie que les techniciens auraient un libre accès directement au réacteur lui-même, pour assurer, sinon le contrôle, du moins la surveillance efficace du fonctionnement du réacteur » (p. 14). Les Français voulaient aussi rendre formel l’arrangement selon lequel l’uranium enrichi allait être livré charge par charge. Rien de tout cela n’était garanti par le contrat initial. « Et pourtant, remarquent les auteurs, durant 18 mois d’investigations, nous avons reçu les assurances constantes des officiels français qu’Osirak ne fera pas et ne pourra pas faire la bombe. Maintenant, ce diplomate admettait … d’un air dégagé … que rien dans le contrat franco-irakien n’empêchait officiellement les Irakiens d’entreprendre une telle action ». « Nous en étions bouleversés » disent-ils.
Le projet de révision est prêt début juin. Le 7 juin, les Israéliens convaincus que Saddam utilisera Osirak pour se créer une capacité nucléaire complète (p. 19) et qu’il n’hésitera pas à s’en servir (p. 20), détruisent le réacteur. Il était trop tard.

Perspectives

Sans prendre position sur l’attaque, les auteurs espèrent qu’elle aura un effet salutaire, en déclenchant une prise de conscience face à « l’irresponsabilité flagrante » des pays occidentaux exportateurs de technologie nucléaire et en donnant quelques années pour répondre à la question la plus importante posée à l’humanité en cette fin de siècle : comment stopper l’extension à des groupes de nations entièrement nouveaux de la technologie de fabrication des armes atomiques (p. 21). La fin du livre (pp. 295-326) étudie l’effondrement du système antiprolifération actuel, les aspects épidémiologiques de la prolifération, les difficultés pour la France de résister à la reconstruction d’Osirak, compte tenu en particulier de la nouvelle association de l’Arabie Saoudite avec l’Irak (comme avec le Pakistan) (p. 314), l’alliance Irak-Pakistan pour le nucléaire, les faiblesses de la nouvelle politique antiprolifération de Reagan (pp. 315-321).

La solution est dans l’embargo efficace sur les usines de séparation et d’enrichissement, sur les grands réacteurs de recherche et pour les pays dangereux, même des réacteurs électrogènes ; elle est dans des traités régionaux et dans des inspections internationales et régionales les plus strictes ; elle est dans l’arrêt de la prolifération verticale.

Comme le disait George Kennan « Pour l’amour de Dieu, de vos enfants et de la civilisation, arrêtez cette folie. »

Roger Belbéoch,
Gazette nucléaire n°56/57, décembre 1983

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