Les sous-citoyens français

Posted on 09/02/2012

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Aujourd’hui, pour pouvoir renouveler sa carte de séjour en France, faut crever de froid et de honte avant.

« C’est dans plusieurs préfectures comme ça. Comme si on devait humilier des gens qui sont en situation régulière (…) Mais pourquoi on leur inflige un traitement aussi inhumain que cela ? Alors certainement pour les écoeurer, sans doute pour les dégoûter, c’est évoqué, mais c’est injustifiable. »

Oui, c’est injustifiable.

Ils ne peuvent pas penser sérieusement pouvoir réduire le taux d’immigration légale, comme le déclarait Claude Guéant en juillet dernier, en essayant de décourager, de cette manière, les immigrés? Non, je n’y crois pas. Ce qu’ils cherchent, par contre, c’est à discriminer. En refusant d’accorder aux immigrés le respect auquel tout citoyen français a droit, ils les désignent comme des sous-citoyens. Le traitement qui leur est assigné est spécial ; et il a pour vocation d’être dégradant.

Alors, ici, tu vas distribuer des nounours rouges aux enfants des « mauvais payeurs ». Je veux que, dès le plus jeune âge, tout le monde prenne conscience de leur différence; eux y compris. Après, tu colles 7h de travail hebdomadaire aux petits branleurs, là-bas, qui sucent l’argent du système sans en foutre une. Il ne faudrait pas non plus que les pauvres se pensent en vacances. Et puis là-bas, pour les immigrés, tu prévois une nuit à passer dans le froid devant la préfecture. Ils veulent obtenir le droit de rester sur le territoire ? Bah, ils vont en chier avant.

Parce que même si tu vis ici, en travaillant et en payant tes impôts « comme tout le monde », ça ne fait pas de toi un citoyen « comme tout le monde ». Tu es – et tu resteras – un sous-citoyen. Il n’y a qu’à voir les réactions soulevées par la proposition de droit de vote des étrangers. Pourtant… Pourtant on connait tous des immigrés qui, sans adopter la nationalité française par amour pour leur terre d’origine, vivent depuis plus de trente ou quarante ans en France. Ils approchent la cinquantaine ou la soixantaine et leur léger accent, qui trahit leurs origines, vient rythmer l’égrènement suave de leurs mots et de leurs histoires. Ces histoires, ce sont celles de la France, ponctuées par ses événements politiques, bercées par ses hymnes populaires, imagées par sa Nouvelle Vague. Quarante ans à nourrir la France de leurs histoires. Quarante ans que l’histoire de la France rythme la leur. Ha ça oui, ils la connaissent, la France. Mais aux prochaines élections (municipales pour certains, présidentielles pour tous), les urnes ne daigneront pas écouter tout « ce que ces pauvres mains racontent ». Oui, malgré la trentaine ou quarantaine d’années passées sur le territoire français, on continue d’interdire à ces « gens-là » d’élever leurs voix. On leur refuse un droit que l’on accorde à des adolescents à peine majeurs, des gosses de dix-huit qui auront peut-être, quant à eux, le privilège d’être munis de leurs cartes électorales, c’est vrai, mais qui resteront démunis de tout pouvoir, c’est certain.