Lettre ouverte au Président du Sénat « projet de loi sur le port du voile »

Posted on 12/12/2011

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Objet : projet de loi sur le port du voile

Monsieur le Président du Sénat,

Un projet de loi visant à interdire aux femmes voilées leur foulard dans les crèches, les centres de loisirs et de vacances ainsi que pour les assistantes maternelles en activité, y compris à leur domicile, a été déposé par le parti radical et soutenu par votre formation politique, le parti socialiste.
Je vous rappelle Monsieur, que quel que soit l’origine de leurs parents et grands-parents, ces femmes sont des citoyennes françaises de confession musulmane certes, mais françaises.
A cause de ces lois stupides sur le voile islamique, le nombre d’actes de violences et les cas d’islamophobie ne cessent de croître. Les musulmans souhaitent seulement pratiquer leur culte en paix et ne pas être atteints dans leurs droits.
Selon une enquête du CCIF (Collectif Contre l’Islamophobie en France), voici la répartition des actes d’islamophobie en France au cours de l’année 2010/2011 :
• sur 152 actes recensés, 115 touchent des femmes, 22 des hommes et le reste (soit 15) sont des actes visant les Musulmans en général,
• les femmes sont donc les principales victimes de l’islamophobie en France avec 75,6% des cas visant les individus,

• les espaces où les actes se produisent le plus sont les centres commerciaux et de loisirs (34 actes),
• viennent ensuite les guichets publics et les services de l’Education Nationale (écoles, universités, sorties scolaires) avec 32 actes chacun,
• qui précèdent enfin le lieu de travail (18) et la rue (14).
Nous recensons 26 agressions dont deux seulement sur des hommes, soit 92% des agressions qui ont pour victimes des femmes.
On retrouve 14 agressions verbales dont 6 sont suivies de menaces ou d’insultes. 10 de ces agressions ont lieu dans des centres commerciaux.
Venons aux agressions violentes : deux domiciles familiaux attaqués, une boucherie cible d’une attaque kalachnikov, une touriste Emiratie agressée dans un magasin parisien.
Il ne s’agit plus du débat légitime en démocratie sur la manière d’assurer la sûreté républicaine, mais bien d’une volonté de désigner comme a priori dangereuses des millions de personnes en raison de leur origine ou de leur confession religieuse.
Quelle que soit la légitimité que confère l’élection, aucun responsable politique n’a reçu de mandat pour violer les principes les plus élémentaires sur lesquels la République s’est construite. Nous, organisations associatives et syndicales diverses, qui avons en commun l’attachement aux principes fondamentaux de la République laïque, démocratique et sociale, rappelons avec force que l’article 1er de la Constitution « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion », et que toutes propositions qui méconnaîtraient cette règle fondatrice de la démocratie constituent une atteinte à la paix civile.

En ce qui concerne les femmes, cela ne suffisait pas de les priver de leur droit à l’instruction, vous voulez en plus leur enlever leur pain alors qu’elles ne représentent aucun danger ni pour les parents ni pour les enfants. En votant des lois injustes, vous enfermez ces femmes.

Je vous rappelle que la France a été condamnée par l’Union Européenne, et l’Organisation des Nations Unies à ce sujet. Ce projet de loi est contraire à la Charte des droits de l’Homme que la France à ratifier.
Ce n’est pas cela qui relancera l’économie ou qui donnera plus d’espoir aux citoyens.
Le fait même d’avoir présenté cette loi dans l’enceinte d’un lieu comme le sénat est une insulte aux femmes.
Monsieur le Président du Sénat, je suis une femme française respectueuse des lois de mon pays ; j’aime la France. Je refuse que notre pays retourne en arrière alors que d’autres avancent.
Si vous avez du bon sens et du respect pour ces hommes et femmes morts pour cette liberté qui nous est chère ; je vous demande de bien vouloir sonder votre conscience d’homme d’Etat. Cette loi vous semble-t-elle juste ? Car elle va créer la division, non le rassemblement, la liberté ou la justice dont vous nous assurez à chaque débat.
Bien cordialement.

Sabah BIYE
Présidente de Justicefirst of world