Les pays pratiquant la peine de mort de plus en plus isolés, selon Amnesty International

Posted on 22/09/2011

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Si au moins 527 personnes ont été exécutées dans le monde en 2010, l’ONG abolitionniste Amnesty international constate que les pays qui recourent à la peine de mort sont « de plus en plus isolés », dans son rapport annuel sur la peine capitale. »A la fin de l’année 2010, l’existence d’une tendance mondiale à l’abolition de la peine de mort ne faisait plus aucun doute », note le rapport. Selon les chiffres dont elle dispose, l’organisation note que si au milieu des années 1990 quarante pays en moyenne procédaient à des exécutions chaque année, ils n’étaient plus qu’une trentaine au début du nouveau millénaire. Et en 2010, selon Amnesty, seuls vingt-trois pays ont pratiqué des exécutions, en légère progression par rapport à 2009 (dix-neuf, le nombre de pays le plus faible jamais relevé par Amnesty).

« Ces dix dernières années, vingt-deux pays ont totalement aboli [la peine de mort] dans la loi et neuf ne la pratiquent plus. Donc on est aujourd’hui à 139 pays ne la pratiquant pas, ce qui est une très bonne avancée d’autant que le 96e Etat à avoir aboli est le Gabon, ce qui montre que ça progresse également en Afrique », soulignait lundi sur France Culture Geneviève Garrigos, présidente d’Amnesty International France. Ils étaient 108 pays abolitionnistes (dans leur législation ou en pratique) en 2001.

UN CHIFFRE « SECRET D’ÉTAT » EN CHINE

Ainsi, l’abolition a été inscrite dans la Constitution de l’Angola et de Djibouti, et des projets de loi pour abolir la peine capitale sont « en attente auprès des parlements de la Corée du Sud, du Liban, du Mali et de la Mongolie ». Et des avancées « significatives » ont été constatées dans des pays où ce châtiment bénéficie encore d’un fort soutien, selon Amnesty. « L’imposition obligatoire de la peine de mort sans prendre en compte la situation personnelle de l’accusé ou les circonstances de l’infraction commise a été jugée inconstitutionnelle au Bangladesh le 20 mars. Dans une décision historique, la cour d’appel du Kenya a estimé le 30 juillet que l’imposition obligatoire de la peine de mort pour meurtre était ‘incompatible avec l’esprit et la lettre de la Constitution' », relève notamment le rapport.

Des militants d’Amnesty International contre la peine de mort, rassemblés à Hongkong en 2009. AFP/MIKE CLARKE

Le nombre des exécutions est par ailleurs en baisse : après 714 exécutions en 2009, 527 personnes ont été exécutées en 2010, un chiffre a minima qui « n’inclut pas les milliers d’exécutions auxquelles la Chine aurait procédé ». Cette donnée est en effet classée « secret d’Etat » par les autorités chinoises. D’autres pays, comme l’Iran ou la Corée du Nord, sont soupçonnés de ne pas annoncer le nombre réel de personnes exécutées. Mais à partir des chiffres dont dispose l’ONG, hormis la Chine, l’Iran (au moins 252 exécutions), la Corée du Nord (au moins 60 exécutions), le Yémen (au moins 53 exécutions), les Etats-Unis (46 exécutions) et l’Arabie saoudite (au moins 27 exécutions) restent les pays revendiquant le plus grand nombre d’exécutions dans le monde.

Les exécutions capitales aux Etats-Unis depuis 1976Le Monde.fr

Mais les abolitionnistes semblent gagner du terrain aux Etats-Unis : « L’Illinois est devenu le 16e Etat à décréter l’abolition de la peine de mort. Donc là aussi on voit une progression, avec (…) globalement une baisse du nombre d’exécutions et de véritables débats que ce soit sur l’aspect inhumain et dégradant (…) de cette peine ou autour de raisons économiques, et ça c’est très important », a relevé Geneviève Garrigos sur France Culture.

Et 2024 nouvelles condamnations à mort auraient été prononcées en 2010 dans 67 pays pour un total de 17 833 personnes sous le coup d’une sentence capitale en 2010.